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Comment tenir un menu ramadan 30 jours : douze bases en rotation

Un menu ramadan 30 jours ne casse pas par manque d'idées, mais par fatigue de préparation. Douze bases, ce que chacune supporte de retours, et la grille des quatre semaines croisée avec le travail que chaque soir réclame.

Par Nadia Belkacem Publié le 6 septembre 2026
Un couscoussier en aluminium, une pile de feuilles de brick et quatre bols de salades cuites alignés sur une table de cuisine étroite
13 minutes de lecture
Ce que cette page contient

« Au douzième soir, j’ouvre le frigo et je le referme. » Ma sœur m’a dit ça un mercredi, au téléphone, en pleine deuxième semaine de ramadan. Elle n’était pas à court d’idées : elle avait un cahier plein, des captures d’écran, deux livres ouverts sur la table. Elle était à court de bras.

Un mois de dîners ne casse jamais sur la liste des plats. Il casse sur le travail que chaque plat réclame dans l’heure qui précède le service, et sur l’ordre dans lequel ces heures se suivent. Une base revient huit fois en trente soirs sans que personne la voie si sa garniture change ; une autre se fait remarquer au deuxième retour. Douze bases couvrent trente dîners, à condition de les poser sur une grille qui croise deux choses que les listes de recettes ne croisent jamais : ce qu’une base supporte de retours, et ce qu’elle coûte en présence le soir même. Au bout, tu as trente cases à scotcher sur la porte du frigo et deux cases de secours par semaine, pour les soirs où tu rentres tard.

Douze bases pour trente dîners, et deux chiffres par base

Je compte douze bases. Douze, c’est ce qui reste quand on retire les plats qu’on ne refait jamais deux fois dans le même mois. Quatre soupes, trois choses qui viennent à côté, cinq plats.

Chaque base porte deux chiffres. Le premier est le nombre de fois qu’elle peut revenir sur trente soirs sans qu’on la remarque. Le second est le nombre de minutes où tu es debout devant elle dans l’heure qui précède le service, ce qui n’a rien à voir avec son temps de cuisson.

BaseRetours sur 30 soirsPrésence le soirCe qui la fait remarquer
Velouté de légumes85 minrien, tant que la couleur change
Chorba frik815 minla viande, si elle ne bouge pas
Harira720 minsa liaison, plus reconnaissable
Soupe blanche au vermicelle710 minun bouillon toujours pareil
Salade cuite de la veille170 minrien, elle change de nom
Bricks et boureks frits825 minla farce, jamais la feuille
Feuilletés au four55 minleur forme
Plat au four810 minrien, le four est un mode
Pâtes ou riz en sauce825 minla forme des pâtes
Mijoté lancé l’après-midi410 minson épice, si elle ne change pas
Œufs et légumes à la poêle420 minl’œuf, dès deux soirs rapprochés
Semoule et couscous445 minrien, c’est le plat qu’on attend

Regarde la ligne des salades cuites. Dix-sept retours sur trente soirs, et personne ne s’en plaint jamais, parce qu’elles changent de nom à chaque fois : mechouia, zaalouk, hmiss, carottes au cumin, omok houria. C’est la base la plus rentable du mois, et c’est aussi la seule qui ne demande rien le soir même. Elles se font le dimanche, en une fois, pour six jours. J’ai détaillé le geste qui sépare ces douze salades qui se ressemblent en photo.

La ligne du couscous dit l’inverse exact : quatre retours, quarante-cinq minutes de présence.

Ce qui décide du nombre de retours : la place, pas la recette

Une soupe occupe une place fixe. On ne la juge pas, on la boit, et on passe à la suite. Huit chorbas frik en trente soirs ne se voient pas. Deux couscous à huit jours d’écart, si. La différence tient à la place : le plat est ce qu’on regarde en arrivant à table, la soupe est ce qu’on avale en s’asseyant.

Ce qui fait remarquer un retour, c’est la garniture identique, jamais la base. Une brick au thon trois vendredis de suite, tout le monde compte. Thon, puis viande hachée et persil, puis pomme de terre et fromage, personne ne compte plus rien. La feuille est la même, et elle n’est pas ce qui se mémorise. Encore faut-il que la farce tienne à la friture, et c’est un autre sujet : une farce rate une brick par son eau.

Le rebond, qui n’est pas un retour

Un mijoté du troisième soir revient au quatrième sous forme de sauce sur des pâtes. C’est un autre plat : la viande a changé de forme, le plat a changé de nom, et personne à table ne fait le lien. C’est ce mécanisme qui fait qu’un mijoté n’apparaît que quatre fois dans ma grille tout en portant huit soirs.

Trois rebonds marchent à tous les coups :

  • la sauce d’un tajine, allongée d’un peu de bouillon, sur des pâtes ou du riz le lendemain ;
  • la viande du couscous, effilochée à la fourchette, en farce de brick deux soirs plus tard ;
  • le bouillon d’un poulet, filtré et gardé au froid, qui porte la soupe blanche du lendemain.

Ce qui ne rebondit pas, c’est la friture. Une brick frite la veille est une brick molle, et aucun four ne la ressuscite. Si tu veux de l’avance sur ce poste, c’est cru qu’il faut congeler, pliées à plat et séparées.

La charge du soir se compte en présence, pas en cuisson

Deux heures de mijotage coûtent dix minutes de présence. Vingt-cinq minutes de friture en coûtent vingt-cinq. C’est la seconde colonne qu’il faut additionner, et c’est celle que personne n’additionne.

Ce qui plafonne, c’est ta main d’abord, tes feux ensuite. Une gazinière ordinaire en a quatre : la soupe en prend un, la friture un, le plat un. Il reste un feu pour l’eau du thé, et c’est déjà tendu. Le four ne se partage pas mieux, parce que deux préparations à deux températures donnent toujours une réussite et un ratage. J’ai traité ce plafond matériel qui bloque avant les ingrédients pour les grandes tablées ; sur un mois de dîners ordinaires, il agit exactement pareil, tous les soirs.

Ma règle de tri est bête et elle marche : j’additionne les minutes de présence des trois lignes du soir. Sous trente minutes, le soir est libre. Entre trente et cinquante-cinq, il est plein mais tenable. Au-delà, c’est un soir de fin de semaine, jamais un soir où quelqu’un travaille.

Le squelette d’une semaine tient en quatre règles

Ces quatre-là commandent toute la grille. Le reste n’est que du remplissage de cases.

  1. Un seul soir lourd par semaine, et c’est la semoule. Elle tombe toujours au même rang, le septième, celui où la maison a le plus de temps. Les trois passages à la vapeur ne se bâclent pas et ne se déplacent pas d’humeur.
  2. Deux soirs de friture, jamais consécutifs, jamais collés au soir lourd. Aux rangs 2 et 5.
  3. Deux soirs sous vingt minutes de présence. Le lendemain d’un soir lourd en est un, obligatoirement.
  4. Le mijoté part l’après-midi ou il ne part pas. Lancé après dix-huit heures, il n’est pas prêt, et le rattraper à feu vif donne une viande sèche dans une sauce claire.

La soupe, elle, ne suit pas la semaine : elle suit un cycle de quatre, indépendant du reste. Velouté, chorba frik, soupe blanche, harira, et on repart. Sur trente soirs, ça donne huit, huit, sept, sept, sans que tu aies jamais à y réfléchir. Si tu hésites entre les deux plus consistantes, la liaison les sépare plus sûrement que le pays.

Ton menu ramadan 30 jours, semaine par semaine

La grille ci-dessous ne porte pas les soupes, puisqu’elles tournent seules sur leur cycle de quatre. Elle porte ce qui vient à côté et le plat, les deux choses qui se voient.

RangSemaine 1Semaine 2Semaine 3Semaine 4
1salade · poisson au foursalade · tajine tunisiensalade · gratin de makrounasalade · daurade en croûte
2bricks au thon · ojjabricks viande hachée · chakchoukaboureks pomme de terre · ojja merguezbricks aux épinards · œufs au four
3salade · poulet aux olivessalade · agneau aux pruneauxsalade · lapin aux olivessalade · kefta en sauce
4feuilletés · pâtes à la sauce de la veillefeuilletés · riz à la sauce de la veillefeuilletés · tlitli à la saucefeuilletés · rechta au bouillon
5bricks au fromage · riz aux légumesbricks au poulet · makrounabricks au thon · riz au poissonbricks à la viande · pâtes au four
6salade · gratin de légumessalade · poisson au foursalade · tajine tunisiensalade · gratin de courge
7salade · couscous aux sept légumessalade · couscous à l’agneausalade · couscous au poissonsalade · mesfouf aux fèves

Pourquoi chaque rang est là

  • Le rang 1 porte le plat le plus court de la semaine, au four, sans surveillance. On ne redémarre jamais une semaine sur un chantier.
  • Le rang 2 ouvre la première friture. Le plat qui l’accompagne se fait à la poêle en vingt minutes, œufs et légumes, parce que la friture a déjà pris ta main et un feu.
  • Le rang 3 porte le mijoté, lancé vers quinze heures. Dix minutes de présence le soir, et tu prépares le rang suivant pendant qu’il finit.
  • Le rang 4 est le rebond du rang 3. Aucune décision à prendre, cinq minutes de four pour les feuilletés. C’est aussi la première case de secours : un plat sorti du congélateur y entre sans rien casser.
  • Le rang 5 tient la seconde friture, avec un plat en sauce qui attend au chaud. Cinq soirs séparent les deux fritures, c’est le bon écart.
  • Le rang 6 retourne au four, présence minimale, parce que le lendemain est le soir lourd et qu’il se prépare la veille. Seconde case de secours.
  • Le rang 7 porte la semoule. Quarante-cinq minutes de présence, un feu monopolisé par le couscoussier, et rien d’autre à côté qu’une salade sortie du frigo.

Ce qui change d’une semaine à l’autre

La structure ne bouge pas. Ce qui bouge, ce sont les garnitures, et elles bougent selon une seule consigne : jamais la même farce ni la même viande à moins de dix soirs d’écart. Thon en semaine 1, viande hachée en semaine 2, pomme de terre en semaine 3, épinards en semaine 4. Poulet aux olives, agneau aux pruneaux, lapin, kefta. Le couscous change de garniture de la même façon : sept légumes, agneau, poisson, puis un mesfouf aux fèves qui ferme le mois sur autre chose qu’un bouillon.

Tu peux permuter deux colonnes entières sans rien abîmer. Tu ne peux pas permuter deux rangs : le rang 4 n’a de sens qu’après le rang 3, et le rang 1 n’a de sens qu’après le rang 7.

Calcule la charge d’un soir avant de valider une permutation

Trois choix, et l’outil te rend les minutes de présence, les feux occupés et ce qui va coincer. Sers-t’en la veille pour valider une permutation, pas le soir même.




Là où la grille casse : le stock fond deux fois plus vite que le calcul

C’est le point qui m’a fait rater mon premier mois, et je le vois revenir chez tout le monde.

Tu plies soixante bricks avant que le mois commence, tu comptes huit soirs de friture, ça fait sept ou huit bricks par soir. Au dixième soir il n’en reste plus. Un soir de friture n’en consomme pas huit, il en consomme douze : il y a toujours quelqu’un en plus, et une brick chaude se mange à deux mains sans qu’on s’en aperçoive. Le bon compte, c’est douze par soir de friture, donc une centaine sur le mois, pliées et congelées crues à plat avant le premier soir. Le calendrier de ce genre de préparation d’avance, je l’ai posé ailleurs : trois jours, trois heures, ou pas du tout.

Le second point de casse est plus sournois. Une grille de trente cases pleines suppose trente soirs disponibles, et il n’y en a jamais trente. Il y a toujours deux ou trois soirs où tu rentres tard, où quelqu’un est couché, où le marché n’a rien donné. Si la grille ne prévoit rien pour ces soirs-là, ils se prennent sur le congélateur et le décalage ne se rattrape plus jusqu’à la fin du mois. Les rangs 4 et 6 sont là pour ça : ce sont les deux cases où un plat sorti du congélateur remplace le plat prévu sans déséquilibrer la semaine. Tu les utilises ou tu ne les utilises pas, mais tu ne les remplis jamais avec un plat qui demande plus de dix minutes.

Troisième point, moins grave mais agaçant : le bain de friture. Filtré une fois refroidi, il sert trois soirs. Huit soirs de friture, donc trois bains sur le mois, à prévoir à l’achat comme le reste.

Les deux derniers soirs ne se planifient pas

Vingt-huit cases, quatre semaines. Il reste deux soirs, et je ne les remplis pas.

Le vingt-neuvième sert à vider ce qui traîne : les bricks du fond du congélateur, le reste de bouillon, la moitié de salade. C’est un soir de fin de stock, et une grille n’a rien à y faire.

Le trentième est le plus court du mois, et pas par hasard : la cuisine sert déjà à autre chose, le four est pris, le plan de travail aussi. Une soupe, une salade sortie du frigo, du pain. Tout ce qui demande un feu attendra, parce que le plateau du lendemain se monte ce soir-là et qu’il prend toute la place.

Au quatorzième soir, trois signes disent si la grille tient

À la moitié du mois, tu regardes trois choses et tu sais où tu en es.

Le congélateur porte encore au moins la moitié des bricks pliées et un mijoté entier. Aucune base n’est passée deux soirs de suite, friture comprise. Et tu n’as pas ouvert la grille pour savoir quoi faire à manger : tu l’as ouverte pour vérifier ce qui était prévu. Ce troisième signe est le vrai, les deux autres se rattrapent.

Si le stock a fondu, replie soixante bricks le quinzième jour et rends le rang 5 de chaque semaine à un plat au four. Si une base est passée deux soirs de suite, décale la colonne entière d’un rang plutôt que d’échanger deux cases : l’échange se paie toujours trois soirs plus loin. Et si tu ouvres encore la grille pour décider, c’est qu’elle est trop chargée pour ta cuisine. Retire une friture par semaine avant d’y toucher autrement.

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